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Deuxième étape (2/7)

La folie

Si nous doutons encore du besoin de ramener la raison dans notre vie, cette étape risque de nous poser quelques problèmes. Réviser la première étape peut nous aider, aussi longtemps que des doutes subsistent. A présent, il est temps d’examiner de plus prés notre folie.

Extrait de l’ouvrage de Narcotiques Anonymes,
Guides de travail des étapes de Narcotiques Anonymes,
édition 2002, p. 17. à p. 18.
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Étais-je persuadé de pouvoir contrôler ma consommation ? Quelles ont été mes expériences à ce propos et comment ces efforts ont-ils abouti à l’échec ?

J’ai été persuadé durant 28 ans de pouvoir contrôler ma consommation. En fait, je n’avais pas conscience d’être confronté à un fléau binaire qui ne me laissait en définitive qu’une alternative, consommer ou ne pas consommer. Je n’ai donc jamais cessé de lutter, que je consomme ou non, et mis en place des stratégies incroyable pour tenter de gérer ma consommation.

J’ai entre autre créer un coffre-fort à ouverture programmable. Lorsque le coffre s’ouvrait, je prélevais la quantité de drogue que je m’autorisais, puis j’y replaçais le reste, et enfin je programmais l’ouverture suivante. Au fond, le constat que j’ai pu faire reste que quelques soient les efforts et les stratégies que je déployais, je demeurais impuissant à contrôler ma consommation.

En définitive, tenter de gérer ma consommation s’est toujours soldé par un échec. Le produit est le plus fort.

En revoyant mes agissements du passé, quelles choses ai-je faites qui me paraissent aujourd’hui inimaginables ? Me suis-je mis dans des situations dangereuses pour me procurer de la drogue ? Me suis-je conduit d’une façon qui aujourd’hui me fait honte ? A quoi ressemblaient ces situations ?

Bien des choses me paraissent inimaginables aujourd’hui concernant mes agissements du passé. Bien des choses, mais à vrai dire, presque tout. Lorsque je prends conscience des états dans lesquels je me mettais, je tressaille. Il pouvait en vérité se produire n’importe quoi, et en vérité, il se produisait n’importe quoi.

Je me suis mis dans des situations dangereuses pour me procurer de la drogue. J’ai par exemple transporté différentes substances (haschisch, héroïne) par ingestion, en faisant la mule de pays à pays, risquant ma vie et ma liberté.

Je me suis bien évidemment également conduit de façon honteuse. Je ne compte plus les manifestations de la folie engendré par la
consommation auprès de ma famille, de mes amis et de toute personne témoin de scènes pathétiques. J’avais souvent des propos incohérents, des thèses farfelues et des comportements erratiques. J’ai côtoyé des personnes peu recommandables, fréquenté des lieux malfamés, comaté ici et là. Je me suis réveillé dans mon vomi. Je me suis blessé sans savoir ce qu’il m’était arrivé. J’avais des absences totales concernant les événements de la veille.

J’en passe et des meilleurs, c’est consternant…

Est-ce que ma dépendance a entraîné des décisions insensées ? Est-ce que j’ai quitté un emploi, abandonné des amis, un conjoint, ou laissé tomber des projets sans autre raison qu’ils étaient un obstacle à ma consommation ?

Si je répond spontanément à cette question, je réponds invariablement oui. Oui, ma dépendance a entraîné des décisions insensées dans ma vie.

Je ressens cependant le besoin d’exprimer une nuance de fond : Ma dépendance a incontestablement entraîné des décisions dans ma vie. Dire que ces décisions sont nécessairement insensées est excessif. En effet, une décision ou un choix de vie, même s’il peut être influencé par la dépendance, peut être assumé. En vérité, je regrette certaines décisions mais pas toutes mes décisions.

De toutes les manières, ce n’est pas donné à tout le monde d’être censé, d’être éduqué à l’être. Mais en définitive, qu’est-ce qu’être censé ? Être censé c’est sans doute d’abord et avant tout répondre d’une manière adapté (mais surtout conforme) à son époque, sa culture, sa famille, son milieu, …. Est-ce à dire pour autant que nous avons pris des décisions sensées ? Je pense que nous prenons des décisions censées relativement à un contexte pas dans l’absolu.

Un apprentissage est le plus souvent une succession d’échecs et d‘erreurs. Ainsi même si j’admets avoir pris des décisions insensés lié à ma dépendance, je peux rester en accord avec nombre d’entre elles. Ma dépendance m’a par exemple amené à quitter prématurément l’école (voilà une décision vraisemblablement insensée) mais j’ai ensuite voyagé, bourlingué, affirmé des choix de vie, j’ai même repris brillamment mes études 10 ans plus tard. Cela reflétait un besoin à cette époque qui parce qu’il a été exprimé m’a aussi construit dans la vie. Je n’ai jamais regretté ce choix (peut-être seulement de ne pas l’avoir fait baccalauréat en poche).

En définitive, ma dépendance a bien entraîné des décisions insensées. Ces décisions ont aussi contribué à faire de moi celui que je suis. Je ne les regrette pas toutes.

Me suis-je infligé des blessures physiques ou en ai-je infligé à d’autres dans ma consommation ?

J’ai pu dans l’adolescence m’infliger volontairement des blessures physiques mais pas dans le cadre de ma consommation. Par contre, j’ai pu m’infliger de légères blessures physiques involontaires. N’étant pas un être violent, sauf envers moi de manière exprimé, je n’ai infligé aucune blessure physique à autrui.

La folie est pour nous la perte du sens de la réalité et de la mesure. Par exemple, nous pensons que nos problèmes sont bien plus importants que ceux des autres, mais en fait, nous sommes complètement incapables de prendre en considération les besoins des autres. De petits problèmes deviennent des catastrophes majeures. Notre vie se déséquilibre. Croire que nous pouvons rester abstinents par nous-mêmes, ou croire que l’usage de drogue était notre unique problème et qu’à présent tout est en ordre puisque nous sommes abstinents, illustre bien cette absence de raison. Dans Narcotiques Anonymes, la définition que nous donnons de la folie est croire que, grâce à l’apport de quelque chose « d’extérieur » à nous -même comme la drogue, le pouvoir, le sexe, la nourriture, nous pouvons remédier à ce qui va mal à « l’intérieur » de nous, c’est à dire nos émotions.

Comment ai-je réagi avec excès ou comment ai-je bridé mes réactions ?

Mes réactions excessives sont plus nombreuses lorsque je consomme que lorsque je ne consomme pas. C’est certain. L’état d’épuisement, d’instabilité émotionnel ou de perte d’estime de moi-même me rend irritable, agressif. Dès lors je deviens distant, antipathique et colérique vis-à-vis des autres et je réagi avec excès.

L’inverse est vrai également. Même si je sur-réagi intérieurement, je bride mes réactions, je m’efface, je me coupe du monde, je m’isole.

En définitive, que cela soit en réagissant avec excès ou en bridant mes émotions, je crois que j’adopte des stratégiques d’évitement des autres. Que cela soit la technique de la bogue d’épine ou de la carapace, l’objectif reste de mettre de la distance aux autres.

De quelle façon ma vie a-t-elle perdu tout équilibre ?

Ma vie a-t-elle été équilibrée un jour ? Je ne suis pas sûr…

Ma vie a plus ou moins pu être équilibrée selon les périodes. Cependant, le tourment qui m’a accompagné n’a jamais laissé un équilibre s’installer durablement. La maltraitance, l’abus moral, le suicide de mon père, la révolte intérieure, la colère ont difficilement été source d’équilibre pour moi.

Il est certain également que durant les années de consommation, et notamment les dernières, ma vie a perdu tout équilibre.

Que me souffle la voix de la folie lorsqu’elle me persuade que des choses extérieures peuvent réussir à combler un vide en moi ou régler tous mes problèmes ? M’invite-t-elle à consommer, à me jeter compulsivement dans le jeu, la nourriture, la recherche du plaisir sexuel ? Quoi d’autre encore ?

Il ne me semble pas, et dans tous les cas il ne me semble plus (depuis que je ne consomme plus), que des choses extérieures aient pu me convaincre de réussir à combler un vide en moi. Je sais depuis longtemps, même si je n’y suis pas parvenu au mieux, que seule une dimension spirituelle pourrait y parvenir.

Je tâchais plutôt de dissiper mon tourment par une forme de masturbation mentale. Comme si le chaos mental me donnait l’impression de vivre, ou qu’être accaparé à résoudre les problèmes de la vie me donnait cette impression. Plus simplement, n’étais-je pas si perdu que je cherchais à tout prix mon chemin par tous les moyens. En fait, à l’époque la voix de la folie me soufflait de consommer de la drogue, m’invitait au voyage et à l’ailleurs ou plus simplement me proposait de me mettre en danger pour faire mes expériences (abandon des études, voyages sans filets, squatts,…).

Plutôt qu’être un compulseur de choses extérieures j’étais plutôt un introverti alternatif et coupeur de cheveux en quatre.

Croire que le symptôme de ma dépendance (usage de la drogue et autres manifestations visibles) est mon unique problème, est-ce là un élément de ma folie ?

Croire que le symptôme de ma dépendance est mon unique problème serait une erreur. Serait-ce de la folie pour autant ? De le croire sur le long terme, sans aucun doute, mais dans les premiers temps du rétablissement, non. J’ignorais tout de la maladie de la dépendance. J’ai tout à fait conscience aujourd’hui que ma consommation de produits n’est que l’effet de quelque chose de plus profond. C’est bien là tout l’intérêt d’avoir un programme de rétablissement. Finalement, je n’ai pas poussé la porte d’une réunion pour la première fois uniquement pour arrêter de consommer.

Dans le cas où nous sommes abstinents depuis un certain temps, nous pouvons nous apercevoir que d’autres formes de déni nous empêchent de voir la folie dans notre vie. Comme au début de notre rétablissement, il redevient nécessaire de nous familiariser avec les comportements qui nous ont fait perdre la raison. Beaucoup d’entre nous se rendent compte que leur compréhension de la folie va au-delà de la simple définition du Texte de base. Nous répétons les mêmes erreurs encore et toujours, en connaissant d’avance les résultats. Nous traversons peut-être une période de souffrance tellement intense que nous nous moquons des conséquences, ou bien nous pensons que le prix à payer pour se laisser aller à l’obsession qui s’est emparée de nous, en vaut réellement la peine.

Si nous avons agi sous l’emprise d’une obsession, tout en connaissant d’avance les résultats, qu’avons-nous ressentis et à quoi avons-nous pensé auparavant ? Qu’est-ce qui nous a poussés à agir de la sorte ?

L’envie irrépressible de consommer pouvait être si forte que quelque soit la volonté que je manifestais, je consommais tôt ou tard. Je trouvais toujours une bonne raison. En définitive, je détériorais progressivement l’estime de moi-même. C’était effrayant de se décevoir à ce point. J’étais désespéré.


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