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Huitième étape (1/5)

Les personnes que nous avons blessées et comment nous les avons blessées

Avant que nous commencions véritablement à faire notre liste, il reste une dernière notion avec laquelle nous devons nous familiariser : la signification du mot “lésé” utilisé dans cette étape. Il nous faut faire l’effort de comprendre tous les sens possibles de ce terme, afin que notre liste soit minutieuse.

Certains préjudices sont évidents. Par exemple, voler de l’argent ou des biens à une personne ou à une entreprise représente bien évidemment un préjudice. De plus, la plupart d’entre nous admettent sans difficulté que la violence physique ou morale en fait partie.

Néanmoins, il existe des situations pour lesquelles nous n’avons aucune difficulté à admettre les dommages que nous avons causés, sans pour autant savoir qui nous avons lésé en particulier. Par exemple, à l’école, nous avons triché à un examen. Cela a-t-il fait du tort à notre professeur, à nos camarades, à nous-mêmes, nous demandons-nous ? Cela en a-t-il causé aux étudiants qui, après notre tricherie, ont eu à subir de la part de ce professeur un surcroît de méfiance ? Et bien, ici, on peut dire que toutes ces personnes ont été lésées, même indirectement. Elles sont à mentionner sur la liste de notre huitième étape.

Enfin nous passons aux torts plus graves. Les blessures peuvent être très profondes, parce qu’elles touchent les points les plus vulnérables du cœur humain. Par exemple, nous avions un ami ; cette amitié remontait à de nombreuses années et dans un même élan, nous partagions émotion et confiance. Cette relation comptait pour tous les deux. Or un jour, sans explication, à cause d’un manque d’égard réel ou imaginaire de sa part, nous avons rompu cette amitié et n’avons jamais essayé de la renouer. Il est douloureux de perdre des amis et encore plus lorsqu’on en ignore la cause. Pourtant, beaucoup d’entre nous ont infligé ce genre de blessure à quelqu’un. Nous avons mis à mal, chez cette personne, des sentiments de confiance qui n’ont peut-être pu renaître que des années plus tard. Dans le même registre, une variante consiste à avoir rendu l’autre responsable de la rupture, en poussant cette personne à croire qu’elle ne méritait pas d’être aimée, alors qu’en réalité nous étions seulement fatigués de cette relation et trop paresseux pour la prolonger.

Une blessure émotionnelle profonde peut être provoquée de différentes manières : par négligence, par démission, par abus, par manipulation et par humiliation, pour n’en citer que certaines. Tout en se donnant une image de supériorité morale à vouloir se faire passer pour bien meilleurs que les autres, ceux d’entre nous qui se disaient “victimes” ou se comptaient parmi les “gens biens” peuvent voir aujourd’hui à quel point ils poussaient les autres à se sentir inférieurs. Quant à ceux qui étaient persuadés de leur compétence ou qui se rengorgeaient de leur indépendance, ils ne doivent pas manquer d’inscrire sur leur liste les noms de ceux qui leur ont tendu une main qu’ils ont refusée.

Un frein supplémentaire dans l’identification des torts, est notre tendance automatique à nous concentrer uniquement sur la période précédant l’arrêt de notre consommation. Certes, il est un peu plus facile d’être rigoureusement honnêtes au sujet des torts que nous avons occasionnés au cours de notre dépendance active ; nous consommions des drogues, nous étions des gens différents. Cependant, au cours de notre rétablissement, nous causons tous des torts (intentionnellement ou non, peu importe). A un moment donné, nous avons tous probablement causé du tort à des personnes avec qui nous partageons notre rétablissement, c’est à dire des membres de NA. Par exemple, nous pouvons avoir colporté des ragots à leur sujet, nous être éloignés d’eux, avoir montré une certaine insensibilité face à leur douleur, avoir fait de l’ingérence dans une relation de parrainage, avoir tenté de contrôler le comportement d’un filleul, avoir montré de l’ingratitude vis-à-vis de notre parrain. Nous pouvons avoir volé l’argent de la septième tradition, manipulé les gens en utilisant notre temps d’abstinence pour se donner plus de crédibilité au cours d’une discussion de service, ou avoir profité sexuellement d’un nouveau ou d’une nouvelle. La plupart d’entre nous ont beaucoup de mal à inscrire ce genre de situations dans leur liste de huitième étape car l’idée de faire amende honorable est très embarrassante. Au sein de NA, nous nous devons d’observer une certaine conduite, et nous sommes persuadés que les autres en attendent autant, sinon plus, de nous. A vrai dire, nos amis de NA sont probablement plus indulgents car ils connaissent nos efforts, mais pour le moment, nous n’avons pas encore à nous préoccuper de la neuvième étape.

Extrait de l’ouvrage de Narcotiques Anonymes,
Guides de travail des étapes de Narcotiques Anonymes,
édition 2002, p. 85. à p. 87.
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